Mais quelle mouche a donc piqué Amazon ? Si ce que les sites d’information rapportent est exact, plusieurs milliers de salariés du géant de Seattle seraient payés à écouter des extraits de conversations captées par Alexa auprès de ses utilisateurs. But de la manœuvre, s’assurer que l’enceinte intelligente comprend bien les instructions qui lui sont adressées, et améliorer son système d’Intelligence Artificielle afin de l’aider à mieux traiter les demandes.

En soi, savoir que de parfaits inconnus sont susceptibles d’accéder au contenu de nos discussions les plus intimes, est déjà très largement problématique. Amazon n’est cependant pas la seule entreprise à avoir ce type de pratiques, et chacun sait que les requêtes effectuées à l’écrit sur les moteurs de recherche, laissent des traces quasi ineffaçables. Dans le cas d’Amazon cependant, il semble que l’entreprise n’ait pas pris soin d’anonymiser les conversations entendues. Résultat, les salariés d’Amazon sont susceptibles de savoir qui sont les auteurs de la conversation, où est-ce qu’ils habitent et bien sûr, quelles sont leurs habitudes quotidiennes.

Au-delà des évidents problèmes juridiques soulevés par la non anonymisation des conversations – rappelons qu’il est interdit de collecter des données non nécessaires au traitement envisagé – l’attitude d’Amazon interroge fortement nos propres habitudes.

Car après tout, Amazon sait déjà quasiment tout de nous. Chaque commande passée sur sa plateforme lui permet de connaître nos goûts et nos besoins. Amazon passe son temps à déduire, deviner, analyser et prévoir, pour finalement suggérer de nouveaux achats. Et fondamentalement…la plupart des gens apprécient cette possibilité. « Vous aimerez certainement » est devenue une option recherchée par les consommateurs. Elle est la suite du vendeur qui venait dans les rayons – il n’y a pas si longtemps encore – demander s’il pouvait nous aider à choisir un produit, un cadeau pour un ami, etc… Evidemment, avec Amazon, la richesse du contact humain est perdue. Mais précisément, la disparition de ce contact peut parfois être un avantage. Plus personne pour juger nos achats, plus d’acquisition honteuse. Je fais ce que je veux sans que personne ne le sache.

Or justement cette affaire d’enceintes connectées vient brutalement nous rappeler que tout ceci est une illusion. Derrière les plateformes et autres moteurs de recherche, il y a des hommes et des femmes qui scrutent nos habitudes et savent tout de nous. Avec le développement des enceintes connectées, la data ne porte plus « uniquement » sur nos habitudes de consommation, elle rentre désormais au sein des maisons et met sa capacité d’analyse au service de notre intimité. Pourquoi pas ? Mais chacun doit pouvoir décider en toute connaissance s’il souhaite ou non partager ses données avec les salariés de telle ou telle société.

Les géants du Net ont semble t-il encore pas mal de chemin à parcourir avant de respecter leurs obligations de transparence, et se conformer au RGPD pourtant entré en vigueur il y a près d’un an.